Testé sur un mur nord, mon badigeon de chaux a bravé l’humidité

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Mur nord badigeonné à la chaux résistant efficacement à l'humidité et aux intempéries

Le badigeon de chaux a séché sous ma paume, sur le mur nord de la buanderie, avec cette odeur minérale sèche qui m’a pris au nez. Dans notre maison en Essonne, je suis parti sur une chaux aérienne Saint-Astier, parce que je voulais unifier un mur irrégulier et calmer l’effet de paroi froide. J’ai divisé le pan en deux moitiés, l’une traitée anti-salpêtre, l’autre laissée brute, puis j’ai suivi le résultat pendant 12 mois. Pour ce protocole de suivi, j’ai noté chaque étape pour Paris Espace Éco, et avec mes deux enfants qui passent dans le couloir, j’ai aussi regardé ce qui partait au frottement.

Comment j’ai préparé et appliqué le badigeon dans ces conditions un peu extrêmes

Le mur se trouvait dans une pièce du rez-de-chaussée que je chauffe par à-coups, pas en continu. J’ai noté un air humide dès le matin, une fenêtre peu ouverte et un angle nord qui restait froid plus longtemps que le reste. J’ai d’abord gratté la poussière au couteau, puis j’ai brossé la surface jusqu’à retrouver un support minéral net. J’ai aussi gardé en tête que le mur n’était pas une coque sèche, mais un vieux support qui tirait l’humidité par capillarité.

J’ai traité une moitié avec un produit anti-salpêtre, puis j’ai laissé l’autre brute pour comparer sans filtre. Avant chaque passe, j’ai humidifié le support avec un pulvérisateur, parce que la zone très absorbante buvait trop vite à sec. J’ai appris à surveiller ce détail, car un support trop soif tire le badigeon de travers. J’ai été convaincu de faire ce découpage parce que je voulais voir la différence sans me raconter d’histoire.

J’ai appliqué trois couches fines, avec 24 heures entre chaque passe, et j’ai gardé un mélange très fluide, presque comme du lait écrémé. J’ai utilisé une brosse large de 120 mm pour le fond, puis un pinceau à rechampir pour le pied du mur et les angles. Je me suis servi d’une chaux aérienne, dosée à 1 volume pour 4 volumes d’eau sur la première couche, puis un peu moins diluée sur la dernière. J’ai préféré des gestes croisés et légers, parce qu’une couche trop chargée laisse des marques de brosse et fatigue le film dès le séchage.

Je voulais mesurer trois choses en priorité. D’abord la réapparition des auréoles blanches près du sol. Ensuite le farinage au toucher, cette poussière blanche qui reste sur les doigts après frottement. Enfin la tenue visuelle, avec ce rendu nuageux qui peut masquer un peu les irrégularités sans les effacer. Je savais déjà que le mur ne deviendrait pas neuf, mais je voulais voir jusqu’où la chaux pouvait tenir le choc.

Les premiers mois, j’ai vu le mur changer sous mes yeux, pas toujours comme prévu

Après 48 heures, le mur avait déjà changé de ton selon les zones. Là où la ventilation passait mieux, j’ai vu une teinte plus mate, presque crayeuse, et l’odeur minérale est restée dans la pièce pendant les premières heures. Dans l’angle nord, le séchage a tiré plus lentement, et des traces de pinceau sont restées visibles quand je suis revenu le soir. J’ai aussi noté que la moitié brute virait plus vite au blanc que la moitié traitée, ce qui m’a servi de premier repère.

Au premier frottement, je me suis retrouvé avec la paume blanchie sur la moitié brute. La poussière blanche a accroché tout de suite sur mes doigts, puis a laissé un voile sec sur la main. Sur la moitié traitée, le farinage existait encore un peu, mais je n’avais pas cette sensation de craie qui se délite sous la peau. J’ai passé la main cinq fois au même endroit, et la différence entre les deux côtés m’a sauté aux yeux.

Au bout de 3 semaines, j’ai vu revenir un liseré blanc au ras du sol sur la moitié brute. La bande mesurait 8 centimètres au départ, puis j’ai noté 11 centimètres après un épisode de forte humidité. Dans les angles froids, les efflorescences de salpêtre sont apparues en petits cristaux, comme une poussière salée collée à la plinthe. La moitié traitée a mieux tenu, mais je n’ai pas pu empêcher le retour de deux taches mates au pied du mur.

J’ai eu un vrai doute quand j’ai vu que le badigeon ne masquait pas complètement les remontées capillaires. Le premier jour, j’avais été convaincu par le rendu, très plat et unifié, puis la réalité a repris la main au fil des jours. J’ai compris – un peu tard, je l’avoue – que le badigeon habille le mur, mais ne l’assèche pas. Pour le fond du mur, j’ai laissé un maçon du bâti ancien regarder la zone, parce que mes yeux ne suffisaient pas.

Au fil des saisons, ce que j’ai mesuré et ressenti sur la durabilité du badigeon

À 6 mois, la moitié traitée gardait encore un rendu plus régulier, avec des reprises de teinte moins brutales. J’avais pris des photos au même endroit, à la même heure, et la différence restait visible entre les deux côtés. Sur la moitié brute, j’ai revu un voile blanc au pied du mur, puis une zone plus mate derrière un meuble que j’avais déplacé. À 12 mois, la surface ne s’est pas décollée par plaques, mais j’ai noté deux reprises visibles près de l’angle et un farinage plus net sur la zone sans traitement.

L’effet du traitement anti-salpêtre m’a paru net sur un point précis : la moitié préparée a moins marqué au toucher. Quand le support avait eu le temps de sécher, la carbonatation s’est faite plus proprement et la surface est restée moins crayeuse sous la main. À l’inverse, la moitié brute a gardé une absorption plus irrégulière, avec des zones qui tiraient vite et d’autres qui restaient plus claires. Ce contraste m’a montré que le badigeon travaille avec le mur, pas contre lui.

J’ai aussi vu la limite dès que la pièce restait fermée trop longtemps. Après 2 jours sans vraie aération, la teinte pâlissait par endroits et les traces de pinceau redevenaient visibles sur l’angle nord. La surface paraissait sèche en apparence, puis elle gardait un toucher fragile, presque poudreux, quand je passais la main. J’ai retenu que la ventilation compte autant que le mélange, parce qu’un mur humide finit par reprendre sa propre logique.

Après un an, je peux dire ce que ça vaut vraiment sur un mur nord humide

Au bout d’un an, mon verdict est simple : le badigeon de chaux donne un rendu mat, nuageux, et il unifie bien un mur irrégulier. Avec la chaux Saint-Astier, j’ai gardé cette lecture visuelle plus douce, mais je n’ai jamais vu la moindre barrière à l’humidité ni au salpêtre. Là où le support était sain et bien préparé, la surface a tenu sans cloquer. Là où le mur restait trop humide, les défauts ont fini par revenir en surface.

Je le réserve à quelqu’un qui accepte un mur vivant, avec des reprises légères et un aspect minéral sans film plastique. Je le vois aussi pour une pièce où j’ai déjà assaini le support et où je peux ouvrir, pas pour un mur qui suinte en permanence. Dans mon cas, le rendu m’a plu plus que la promesse de masquer le problème. J’y suis allé pour l’esthétique, et j’en sors avec une limite très claire.

J’ai écarté la peinture minérale quand j’ai vu le retour des auréoles, et je n’ai pas franchi le pas du chaux-ciment, parce que je ne voulais pas fermer le mur. J’ai aussi laissé de côté le traitement plus lourd, car je savais que je sortais de mon champ. Un vrai diagnostic du bâti demandait un artisan du bâti ancien. Si je devais résumer mon test sans en faire un slogan, je dirais que Weber ou Saint-Astier ne changent pas la nature du mur. Ils changent surtout sa lecture. Et sur ce mur nord-là, la lecture reste honnête, mais l’humidité, elle, est toujours là.

Avatar de Jules Brosseau
l’autrice